Il y a quelques semaines, l’ESCEM a été invitée à s’exprimer sur le sujet de l’économie sociale et solidaire (ESS), lors d’une conférence organisée à la cité MAME de Tours par la Mutualité Française du Centre Val de Loire. Cela s’est passé en présence du haut-commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’initiative sociale, Christophe Itier. Nous étions quatre structures à exposer un projet du territoire.

L’ESS : moins d’un étudiant sur deux (toutes filières confondues) en a une vague idée … Alors, attention, aux clichés !

Pour certains, l’ESS serait un repère à “baba-cools”, regroupant ceux qui ne se sont pas adaptés à l’entreprise, qui se bercent d’une douce illusion de ne plus avoir ni contraintes, ni patron…et serait surtout un secteur qui ne permettrait pas d’en vivre puisque que la plupart des salariés sont en statut de service civique européen, sous-payés ou bénévoles ! On rajoute qu’ils fument tous des “pétards” et on a brossé un portrait complet!

A rester dans les clichés : c’est bien connu, en école de commerce, on enseignerait le profit à n’importe quel prix avec une gestion des ressources humaines à moindre coût sans aucune prise en compte du facteur humain et des enjeux de société. Là où il n’y a pas de profit, il n’y aurait pas de diplômés d’école de commerce et pas de performance économique. D’ailleurs, les cours d’économie sociale et solidaire ne seraient que de l’affichage “politique”, du “GreenWashing”, du point de vue des enseignants et des étudiants.

Ces clichés ont la vie dure et sont très éloignés des réalités des valeurs transmises dans nos écoles, des attentes des étudiants et jeunes diplômés et de la réalité dans le monde du travail. Au contraire, les jeunes diplômés veulent plus que jamais intégrer (ou créer) une entreprise ayant des valeurs dans lesquelles ils se reconnaissent : une place pour l’innovation, un environnement épanouissant et collaboratif, un sens à leur action : utile et favorisant l’écologie . L’étude du NewGen Talent Centre de l’Edhec menée en 2017 auprès de 1 275 étudiants préparant les concours des écoles en management montre que le secteur des “ONG, de l’administration publique et de l’ESS” arrive en 3ème position des souhaits de carrière de ces jeunes (et en première place chez les femmes). A la question : “qu’est-ce qui donne du sens au travail ?”, le développement durable arrive pour la première fois dans le trio de tête avec l’épanouissement au travail et gagner sa vie : ça signifie que la génération qui arrive sur le marché de l’emploi est plus que jamais sensible à l’impact de leur entreprise sur la société.

Pour autant, il ne faut pas perdre le sens des réalités : l’absence de lucrativité d’une organisation ne doit pas faire perdre de vue la pérennité de l’entreprise et le besoin pour ses employés de gagner leur vie décemment.

Justement dans ESS, il y a le mot économie.

Composée majoritairement d’associations, elle regroupe aussi les fondations, toutes les mutuelles et les SCOP (sociétés coopératives) dont l’objet est de concilier activité économique et équité sociale. Du commerce équitable à l’épargne solidaire, en passant par les innovations sociales dans le champ de la protection de l’environnement, de la lutte contre l’exclusion, de la santé ou de l’égalité des chances, l’ESS apporte une réponse à ces nombreux sujets de société contemporains. Le développement de l’ESS est donc un enjeu majeur pour la France. L’ESS emploie 2,4 millions de salariés en France (12,8% de l’emploi privé) avec une masse salariale à 57 milliards d’euros. Et l’ESS, comme tous les secteurs, veut attirer les talents, ceux qui vont pouvoir assurer son développement et sa pérennité.

L’ESCEM présentait lors de cette conférence une nouvelle façon d’enseigner l’ESS dans ses maquettes … en la faisait disparaître! La faculté ESCEM a choisi de distiller dans tous les contenus, l’éthique des affaires, la responsabilité sociale des entreprises, l’ESS, le numérique et la culture Tech pour être complètement ancrés dans l’ensemble des parcours pédagogiques.

Ainsi, l’objectif est d’abord de former le corps enseignant avant les étudiants.

Ainsi sensibilisés, les professeurs sont à même de repenser les contenus de cours et leurs méthodes. Ils s’appuient sur ces réalités et cherchent à éveiller les étudiants à des réussites porteuses de sens avec des exemples concrets de réussites; l’objectif est d’éviter un “vite appris, vite oublié” ou pire, qu’ils pensent que ce n’est pas applicable dans la réalité. Et pour cela, l’enseignement repose sur des cas pratiques : challenges internationaux (ENACTUSHult …), modèles d’entreprises solides (le groupe Chèques Déjeuner, ACOME (groupe industriel spécialisé dans les câblages), le groupe SCOPELEC dans les télécoms mais aussi les mutuelles. Tout cela incite les étudiants à se projeter en décloisonnant les idées reçues. Tout ça sur un fond de maîtrise des nouvelles technologies qui vont pouvoir rendre extensibles et évolutifs (scalable) leurs idées.

C’est ainsi que trois jeunes diplômés du bachelor de l’ESCEM, Jérémy Ciepielewski, Alexandre Grden et Antoine Bortolotti viennent de lancer WePlusune agence de communication coopérative, la première du genre à Tours. Ils fournissent aux marques des solutions de communication perfectionnées (vidéo, photo, digital) et permettent à des associations adhérentes de gagner en visibilité et en impact.

A Orléans, Quentin Roche, diplômé 2011 du Bachelor à Orléans, a créé Libre de mots, un atelier d’écriture, des personnes en situation de fragilité sociale. En parallèle de son investissement associatif, il est chargé d’affaires chez AMBEE Soft.

Comme quoi, on peut être diplômés d’école de commerce, jeunes, provinciaux et se lancer dans l’ESS avec toute l’énergie et l’audace de ses 20 ans!

Ainsi, l’ESCEM continue de positionner ses étudiants en les accompagnant dans une vision vertueuse de l’économie à construire.